Greenwashing : quelle erreur la Deutsche Bank a-t-elle commise ?

Cette fois-ci, les institutions financières ne sont plus à l’abri elles non plus : la Deutsche Bank vient d’être épinglée pour greenwashing. État des lieux.

Politique🧑‍⚖️

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13/6/2022

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Sommaire

Depuis la fin du mois de mai 2022, la Deutsche Bank est visée par une enquête pour “greenwashing”. Un signal fort adressé à l’ensemble des institutions financières, qui doivent désormais répondre de leurs actions en la matière. 

Le message ? N’essayez plus de tromper vos clients quant à de prétendus “engagements” en faveur de l’environnement. 

Si on ne peut se réjouir ostensiblement de ce genre d'affaires, cette dernière n’en constitue pas moins une grande victoire pour la cause environnementale, à l’heure où les grandes envolées lyriques sur l’importance de l’écologie sont devenues monnaie courante, mais rarement suivies d’actions - quand elles ne sont pas tout bonnement mensongères. 

Et c’en est assez. Fichtre (c'est l’expression vieillotte de la semaine 😆).

Rappelons que chacune de nos actions impacte - positivement ou négativement - l’environnement. Et la finance n’échappe pas à cette règle. Le problème ? Les banques peuvent mentir sur certaines informations. De même que les clients desdites banques ne sont pas forcément au courant de l’utilisation qui est faite de leur épargne… 💸🌱

👀 La Deutsche Bank visée par une enquête

Les faits 🔎

Le 31 mai 2022, la Deutsche Bank (DB) et sa filiale de gestion d’actifs (DWS) ont été perquisitionnées par la police allemande, suite à des suspicions de greenwashing

L’alerte a été donnée auprès de l’Autorité fédérale de supervision financière (la BaFin) et du gendarme américain des marchés (SEC), par l’ancienne responsable du développement durable de la DWS, Desiree Fixler. 

Elle accuse le gestionnaire d’actifs d’avoir gonflé la taille de ses investissements ESG - Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance. 

Concrètement, de quoi est accusée la Deutsche Bank ? 🧐

L’institution financière est visée par une enquête pour fraude. Certains de ses produits d’investissements auraient ainsi été étiquetés comme durables sur les prospectus de vente. 

Or, les critères ESG n’étaient même pas pris en compte pour la plupart de ces produits. 😅 Autrement dit : leur prétendue “durabilité” ne se fondait pas sur des critères concrets.

En définitive, certains produits gérés par la filiale de gestion d’actifs de la Deutsche Bank étaient « vendus comme plus “verts'' et ''durables'' qu'ils ne l'étaient en réalité », révèle le parquet de Francfort. 

Toutefois, malgré la démission du patron de la DWS, Asoka Wöhrmann, la banque nie avoir trompé ses investisseurs.

👋 Fait intéressant ? En 2020, le rapport annuel de la DWS faisait état de portefeuilles “ESG” d’une valeur de 459 milliards d’euros. En 2021, cependant, l’institution financière ne mentionnait plus que 115 milliards d’euros d’actifs “ESG”... Une baisse drastique, causée par le renforcement des règles européennes sur la transparence de ces produits - ce qui montre clairement que la banque concernée avait survendu leur virtuosité. 🙃

Quel intérêt DWS aurait-elle eu à mentir ? 🤥 Ne nous le cachons pas : ces produits d’investissements rapportent gros. Selon les prévisions de Bloomberg Intelligence, d’ici à 2025, l’ensemble de ces actifs devrait même atteindre plus de 50 000 milliards de dollars. Une somme équivalente au tiers des actifs mondiaux sous gestion. Pas mal non ?

Zoom sur les critères ESG 👋

L’enquête qui vise la Deutsche Bank est fondée sur l’analyse des trois critères ESG :

  • environnemental (la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), la gestion des déchets, etc.) ;
  • social (le recrutement de personnes handicapées, la formation des salariés, le respect du droit des employés, etc.) ;
  • et de gouvernance (la lutte contre la corruption, la transparence salariale, etc.).

Pour faire simple, ces critères visent à analyser la propension d’une société donnée à prendre en compte le développement durable dans la définition de sa stratégie. 

Dans l’affaire de la Deutsche Bank, la prise en considération des critères « ESG » aurait assuré aux investisseurs que leur argent était bel et bien placé dans des fonds respectueux de l’environnement - en vue de façonner une économie, une société et un monde durable. 

👉 Attention, toutefois : la Deutsche Bank n’est pas la seule infrastructure qui trompe ses clients ! En mai dernier, la banque BNY Mellon a également été sanctionnée à hauteur de 1,5 million de dollars, pour avoir diffusé de fausses informations à ses clients concernant les critères ESG de leurs investissements.

 

💥 Qu’est-ce que le greenwashing dont est accusée la Deutsche Bank ?

Une pratique commerciale trompeuse ❌

L’écologie est devenue un argument de vente à part entière. 💬 Quelques chiffres ?

78 % des salariés choisiraient, à offres équivalentes, de rejoindre une entreprise engagée pour la transition écologique, selon l’étude CSA pour LinkedIn et l’Ademe publiée en juin 2021.
63 % des consommateurs s’orientent vers une entreprise qui partage leurs valeurs et notamment leur engagement pour l’environnement, selon le sondage OpinionWay de juin 2021 pour Salesforce et Les Échos. 
47 % des Français considèrent le réchauffement climatique comme un enjeu prioritaire et 94 % comme un enjeu capital, selon le sondage Ipsos du Parisien de février 2022. 

Compte tenu de cette popularité des enjeux environnementaux, certaines entreprises ne se gênent pas pour user et abuser de l’argument écologique dans leurs opérations de communication. 

Il n’est pas rare, désormais, de voir des institutions gonfler - voire s’inventer - des engagements écologiques, dans le seul but de vendre ou de redorer leur image de marque. 😒

👉 Rappel : régulièrement comparé à de la publicité mensongère, le greenwashing - ou « écoblanchiment » - est le fait de communiquer de manière exagérée et trompeuse sur les initiatives d’une entreprise en matière de lutte contre le réchauffement climatique. 

La réalité 🔥

La communication supposée verte des banques masque en fait une triste - et angoissante -  réalité. 😨

On commence fort : d’après l’étude menée par Oxfam en octobre 2020, l’empreinte carbone des banques françaises représente huit fois les émissions GES de la France.  À ce rythme, le réchauffement de la planète atteindra +4 °C d’ici 2100, au lieu de l’objectif de +1,5 °C requis pour garantir un avenir vivable.

 

Mais d’où provient cette pollution ? 🏭

Sans le savoir, les citoyens participent ainsi au financement d’énergies fossiles (gaz, charbon et pétrole), principaux responsables du réchauffement climatique. 

En effet, la majorité des banques soutiennent - grâce à l’épargne de leurs clients - l’exploitation et l’utilisation de ces énergies polluantes, à travers leurs choix de financement et d’investissement.

👀 Selon le 13e rapport Banking on Climate Chaos, en 2020, les banques françaises ont été les principales “financeurs” européens des énergies fossiles. Pour preuve, depuis 2016, elles ont financé les énergies fossiles à hauteur de 350 milliards de dollars. 💥 Et pourtant : les six plus grandes banques françaises se sont engagées à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050… C’est peu dire qu’il y a un écart entre les promesses et la réalité. À ce stade-là, c’est un trou noir.

Une lueur d’espoir ? L’abandon progressif des énergies fossiles - requis par la COP26 et le G7 - devrait permettre de sauver les meubles. Encore faut-il que nous les abandonnions véritablement et dans les plus brefs délais. 

Selon les experts du GIEC, il est de toute façon impossible de lutter contre le réchauffement climatique, tout en exploitant les énergies fossiles. 

Conclusion ? Pour inciter nos industries à délaisser ces énergies polluantes, il convient de stopper net le financement des projets auxquels elles sont liées.

Mais ce chemin est semé d’embûches - sinon ce n'est pas drôle. En effet, d’après les analystes, au cours des 20 prochaines années, le marché des fonds ESG devrait connaître une croissance de 20 000 milliards de dollars. En somme, plus le réchauffement climatique fait irruption dans l’actualité, plus ce type d’actifs connaît du succès… 

Une aubaine pour les banques dont les dents rayent le parquet. 👋 

 

 

🌱 Comment verdir la finance ?

Qu’est-ce que la finance verte ? 💰

La neutralité carbone d’ici 2050 - telle qu’inscrite dans l’Accord de Paris - requiert une transformation profonde de notre modèle économique. 

La finance verte - ou finance durable - est ainsi fondée sur les objectifs de développement durable définis par l’Organisation des Nations Unies (ONU). Elle englobe les investissements ayant des impacts positifs sur l’environnement (dans les énergies renouvelables, par exemple) et sur la société (dans le commerce équitable, notamment), avec une rentabilité avérée à long terme.

Principal levier dans la transition énergétique et la lutte contre le réchauffement climatique, le secteur financier durable propose de deux grands types d’épargne, qui prennent en compte les enjeux climatiques dans le cadre des investissements financiers :

  • les produits d’épargne et de placements ;
  • les fonds d’épargne salariale - le Plan d’Épargne Entreprise (PEE) et le Plan d’Épargne Retraite (RER).

Par ailleurs, trois principaux labels encadrent les initiatives durables :

  • le Label ISR (Investissement Socialement Responsable), qui existe depuis 2016 et permet de repérer plus facilement les fonds d’investissement respectant l’environnement, le social, la gouvernance et le respect des droits humains - les critères ESG ;
  • le label Greefin, qui met 55 fonds verts à l’honneur ;
  • le label Finansol, qui concerne uniquement les produits d’épargne solidaires.

VIDÉO YOUTUBE : La finance verte

L’après “Deutsche Bank” 🌸

Compte tenu de l’affaire de la Deutsche Bank, la SEC souhaite mener une lutte contre le greenwashing dans le milieu financier. En cela, il entend « renforcer les obligations de transparence des conseillers financiers et des gestionnaires d’actifs en matière d’investissements selon des critères durables »

En somme, il convient de créer des normes généralisées et strictes.

Par ailleurs, les sociétés cotées à Wall Street vont devoir communiquer sur leurs émissions de GES et leur exposition au risque climatique.

De son côté, la BaFin prévoit l’entrée en vigueur de son projet de directive sur la commercialisation des fonds durables utilisés pour déterminer les exigences minimales. Néanmoins, le projet est en pause depuis début mai, en raison du contexte lié à la guerre en Ukraine.

Banques et entreprises : comment participer à la transition écologique ? 💶

Au lieu de succomber aux sirènes du greenwashing, pourquoi ne pas agir véritablement pour l’environnement ? 

D’ailleurs, plusieurs initiatives ont d’ores et déjà vu le jour… 🔎 

Les green bonds

La mise en place des obligations vertes (« Green Bonds ») est l’une d’elles. Il s’agit d’un emprunt émis par des institutions - une entreprise ou une entité publique - qui permet de financer ses projets environnementaux. 

Les projets peuvent concerner les énergies renouvelables, les véhicules propres et les projets bas carbone, par exemple.

⚠️ Attention : pour attester de la durabilité des projets, l’institution doit produire un reporting détaillé quant aux investissements qu'elle finance.

 

L’aval de la SBTi

Initiée en 2015, la SBTi (« Science Based Targets Initiative ») vise à aider les entreprises à optimiser leur utilisation des ressources, afin de diminuer leur empreinte carbone. 

Elle évalue ainsi les objectifs de réduction de gaz à effet de serre des entreprises qui la sollicitent, et s’assure que leurs engagements sont compatibles avec l’Accord de Paris

👉 Ainsi, la Banque Postale (dont l’objectif est d’atteindre le Net Zéro sur l’ensemble de ses activités bancaires à horizon 2040) est l’une des premières institutions financières au monde à s’être vue approuver sa trajectoire de décarbonation par la « Science Based Targets initiative » (SBTi). 

 

 

🌿 Lutter contre le greenwashing grâce au bilan carbone

En tant qu’entreprise, la réalisation du bilan carbone de votre activité doit être une priorité, en vue d’écarter tout soupçon de greenwashing.

Oui : le bilan carbone est un allié anti-greenwashing. De fait, c’est la preuve que vous procédez à un suivi méthodique de vos émissions de GES, tout en mettant en place un plan de réduction progressif de ces dernières.

Convaincu ? Faites appel à nos experts ! ☎️

 

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