Rapport du GIEC 2022 : enjeux et conclusions du dernier volet

Publié le 4 avril 2022, le troisième et dernier volet du sixième rapport du GIEC s’intéresse aux émissions de CO2. Découvrez les points clés.

Réchauffement climatique 🔥

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12/4/2022

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Sommaire

Publié ce 4 avril 2022, la troisième et dernière partie du sixième rapport du GIEC révèle les solutions pour limiter les impacts dévastateurs du réchauffement climatique. D’après les experts, il reste moins de 10 ans pour agir. De fait, ce volet présente plusieurs scénarios visant à limiter les émissions de gaz à effet de serre et ainsi respecter l’Accord de Paris.

Véritable institution de l’ONU, le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) tente de déterminer des actions concrètes pour combattre le réchauffement climatique. En ce sens, les experts suivent et partagent l’évolution des impacts environnementaux dans des rapports publiés depuis 1990. 

Après plusieurs heures de négociations houleuses, quelles sont les solutions retenues pour limiter le réchauffement de la planète ? 

🍃 Sixième rapport du GIEC : définition et contexte

Un compte rendu très encadré 🔎

Très attendu, ce troisième volet du rapport du GIEC a donné lieu à des négociations intenses. Publiés tous les cinq à sept ans, les rapports d’évaluation comprennent trois volets qui couvrent les différents aspects du changement climatique :

  • état actuel et tendances ;
  • impacts, adaptation et vulnérabilité ;
  • atténuation du changement climatique.

Les solutions apportées se basent sur les évolutions passées et actuelles pour anticiper l’avenir et pouvoir répondre aux problématiques auxquelles nous serons confrontés. Ainsi, les évaluations prennent en compte les GES, l’origine des émissions, nos modes de vie ou encore les facteurs socio-économiques et démographiques. 

Par ailleurs, les conclusions de chaque partie sont relues et corrigées par les plus grands spécialistes du monde entier et par les représentants de chaque gouvernement. De fait, ce document est le résultat de l’analyse de 18 000 études scientifiques et du travail de 278 auteurs.

Un rapport réalisé durant un contexte particulièrement tendu 🧐

La publication du rapport intervient pendant la guerre qui sévit en Ukraine. Cet événement expose la dépendance aux énergies fossiles, problématique principale de ce sixième compte rendu. Au vu de cette dépendance nocive pour l’environnement, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a tenu un discours particulièrement fort lors de l’ouverture des discussions des 195 États membres du GIEC le lundi 21 mars : « Nous marchons les yeux fermés vers la catastrophe climatique » et « si nous continuons comme ça, nous pouvons dire adieu à l’objectif de 1,5 °C. Celui de 2 °C pourrait aussi être hors d’atteinte » (en référence à l’Accord de Paris). 

Infographie des sources d'énergie utilisé pour la production mondiale d'électricité en 2019 selon le Renewable 2021 Global status report

Selon lui, la dépendance au charbon, pétrole et au gaz est de la « folie ». Considérées comme l’une des causes du réchauffement climatique, les énergies fossiles ont un impact négatif sur l’environnement. À titre d’exemple, l’Agence européenne pour l’environnement alerte sur l’air pollué. Ce 4 avril 2022, l’OMS révèle que 99 % de la population mondiale est exposée à une trop forte concentration de particules fines causée par les énergies fossiles. Pour éviter 7 millions de décès par an, l’Organisation mondiale exige la réduction de l’utilisation de combustibles fossiles et la baisse des niveaux de pollution de l’air.

Face à cette urgence climatique, Namrata Chowdhary de l’ONG 350.org a dénoncé : « De combien de nouvelles destructions devons-nous être les témoins, combien de rapports scientifiques supplémentaires seront-ils nécessaires, avant que les gouvernements reconnaissent enfin que les énergies fossiles sont les véritables coupables de la souffrance humaine à travers la planète ».

La publication de ce compte rendu intervient également en pleine campagne présidentielle, alors que les candidats sont peu nombreux à prendre le réchauffement climatique en compte dans leur programme. 

Des désaccords tumultueux 🙅‍♂️

D’après les experts, le pic des émissions doit être atteint au plus tard en 2025, pour limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C. Malheureusement, cet objectif est inatteignable avec les engagements actuels. Selon l’ONU, si aucun effort n’est fait, nous nous dirigeons tout droit vers un réchauffement « catastrophique » de +2,7 °C. Ainsi, les signataires de l’Accord de Paris doivent renforcer leurs engagements d'ici à la COP27 qui a lieu en novembre prochain.

Pour inverser la tendance, les experts du GIEC ne voient pas d’autre solution que d’agir directement sur nos modes de vie, nos habitudes de consommation et de production. Ce changement en profondeur a donné lieu à de longues négociations. En effet, les 195 États membres ne partageaient pas le même avis sur les questions liées à la sortie des énergies fossiles, la finance, le rôle des technologies et les questions d’équité. Fort heureusement, des compromis ont été trouvés. En effet, les discussions liées au « Résumé pour les décideurs » se sont terminées avec 48 h de retard (le dimanche 3 avril 2022 dans la soirée, au lieu du vendredi 1er avril 2022). 

👀 Qui est concerné ?

Composé de 17 chapitres, le rapport du GIEC tend à freiner le réchauffement climatique en partageant des solutions concrètes. Ainsi, les secteurs les plus énergivores (énergie, transport, industrie, agriculture…) et les « individus au statut socio-économique élevé », sont principalement concernés. À titre d’information, en 2019, les émissions de CO2 étaient 12 % plus élevées qu’en 2010.

Par ailleurs, le GIEC incite les régions développées (Amérique du Nord et l’Europe) à soutenir les pays en développement afin d’éviter la vulnérabilité économique liée au changement climatique. C’est pourquoi, les secteurs économiques doivent effectuer des changements majeurs pour respecter les objectifs de l’Accord de Paris. En outre, il convient d’allier le développement durable avec l’innovation et nos besoins en ressources. 

Mais en réalité, chaque individu est concerné. Pour la première fois, un chapitre est consacré aux solutions comportementales. Par conséquent, les experts ont déterminé des solutions axées sur nos modes de vie, nos habitudes de consommation et de production. Cela passe notamment par la mise en place d’une économie circulaire, de systèmes faibles en émissions carbone, l’amélioration de la gestion des déchets et le recyclage des matériaux.

Le GIEC mise donc sur la coopération nationale et internationale pour ralentir le réchauffement climatique.

🌍 Rappel des conclusions des deux premiers volets

Publié en août 2021, le premier volet du rapport du GIEC montre l’accélération alarmante du réchauffement climatique. La planète s’est déjà réchauffée de +1,1 °C et le seuil de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle sera atteint autour de 2030. Par ailleurs, l’évolution physique du climat donne lieu à des événements climatiques de plus en plus violents (sécheresse, tempêtes, etc.). Néanmoins, les experts affirment qu’il est possible de revenir sous ce seuil, non sans répercussions.

Publiée fin février 2022, la deuxième partie liste les impacts dévastateurs du réchauffement climatique, passés (pour la plupart irréversibles), présents et à venir sur la population et la biodiversité. Le GIEC précise également que retarder la mise en place des premières actions réduit les chances d’un « avenir vivable ». 

Ainsi, on apprend que près de la moitié de l’humanité (3,3 à 3,6 milliards de personnes) est considérée comme vulnérable à cause du climat. Le réchauffement est la cause d’extinction de certaines espèces, de l’augmentation des maladies transmises par les moustiques, mais aussi de faibles récoltes. Les prévisions sont pessimistes : un milliard de personnes pourraient vivre dans des zones côtières à risques d’ici à 2050.

🤔 Les 4 points clés du rapport du GIEC

Suite aux conclusions des deux premiers volets, cette troisième partie du sixième rapport du GIEC apporte des solutions techniques, sociales et technologiques pour réduire les émissions de CO2. Voici les principaux champs d’action pour diminuer les émissions de 27 à 43 % en 2030 et de 63 à 84 % en 2050. 

Opter pour la sobriété énergétique ⚡️

En réponse à la question « Comment le monde peut se passer d’une partie de l’énergie aujourd’hui produite ? », le GIEC met tous ses espoirs dans la sobriété. Considéré comme l’une des solutions majeures, ce concept ne fait pas l’unanimité au sein des États membres. Prometteuses en matière de réduction d’émissions de CO2, ces mesures de décarbonation sont moins attractives au niveau politique.

En effet, la sobriété consiste à réduire notre consommation d’énergie, à faire des efforts dans nos modes de vie et à modifier nos habitudes. Il s’agit notamment de baisser le chauffage, généraliser le covoiturage, les véhicules électriques, biocarburants et le télétravail, diminuer sa consommation de viande ou de tendre vers une production de produits durables et respectueux de l’environnement.

À titre d’exemple, le secteur des transports représente 15 % des émissions mondiales et est le premier émetteur en France. Ces mesures d’atténuation permettraient ainsi l’amélioration de la qualité de l’air et de la santé des citoyens.

Remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables 🌱

En outre, la question des énergies fossiles devient centrale. Le GIEC requiert la généralisation des énergies renouvelables et la finance verte pour sortir urgemment du fossile. À l’origine de 34 % des émissions mondiales, le secteur de l’énergie a vu ses émissions flamber de 6 % en 2021. 

De fait, la consommation de charbon, pétrole et de gaz doit baisser de 95 %, 60 % et 40 % en 2050 par rapport à 2019. Cette diminution de l’utilisation des ressources fossiles permet d’entamer une « transition majeure ». En effet, les experts du GIEC préconisent l’utilisation de ressources renouvelables et peu carbonées, comme l’éolien, le solaire, l’hydraulique ou le nucléaire. Par ailleurs, les coûts de ces ressources étaient en constante baisse entre 2010 et 2019.

Cela signifie également la mise en place une économie circulaire, de systèmes faibles en émissions carbone, l’amélioration de la gestion des déchets et le recyclage des matériaux. À l’origine de 24 % des émissions mondiales, le secteur de l’industrie peut tout à fait atteindre le zéro émission nette grâce à une meilleure gestion des déchets. Par ailleurs, le modèle agricole est dans le viseur du GIEC (notamment l’élevage) car très émetteur. Il en est de même pour les transports et l’architecture des villes.

Augmenter les financements 💰

Selon les experts du GIEC, les investissements nécessaires pour limiter le réchauffement à + 2°C, sont moins élevés que la dégradation de l’environnement provoquée par notre inaction. D’après les conclusions du rapport, les financements pour la décennie 2020 devraient être « 3 à 6 fois plus importants que les niveaux actuels ». En effet, une grande majorité des financements privés et publics sont encore à destination des énergies fossiles. 

Capter les émissions carbone 🌳

Afin d’éviter la catastrophe climatique, il devient essentiel de faire appel aux technologies pour éliminer les émissions de CO2 dans l’atmosphère. En effet, les puits de carbone naturels ne sont plus suffisants (forêts et océans).

Responsable de 22 % des émissions mondiales, l’agriculture peut réduire ses émissions, mais également capter celles des autres secteurs. En effet, le GIEC indique que la préservation des écosystèmes (forêts, marais côtiers, savanes, prairies et tourbières), une meilleure gestion des cultures et des élevages, ainsi qu’un régime alimentaire pauvre en viande permettraient de réduire considérablement les émissions.

Par ailleurs, avec 6 % des émissions mondiales, le BTP va subir quelques changements de taille. Les experts climat misent sur l’électrification, la réduction de la consommation énergétique et l’augmentation des dispositifs de captation de CO2. Ces derniers permettent de contrebalancer les émissions résiduelles grâce à des puits naturels de carbone et des solutions artificielles.

C’est un fait, le monde n’est pas prêt pour lutter contre le réchauffement climatique. En proposant pour la première fois des solutions comportementales, ce nouveau rapport du GIEC souhaite accélérer la prise de conscience face à l’urgence climatique. Le GIEC partage ainsi une véritable feuille de route comprenant des mesures immédiates pour que notre planète reste habitable. 

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Écrit par
Ines Gendre

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