Comment évaluer l'empreinte carbone d'un événement ?

Tout savoir sur le calcul du bilan carbone des événements : match de foot, conférence, concert, tour de France... Votre empreinte carbone personnel, impact écologique

Empreinte carbone 💭
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1/27/2021 1:06

Manger un sandwich, prendre le bus, regarder un film ou faire du ski… On ne le répétera jamais assez, rien n’est neutre car toute activité humaine génère des émissions de gaz à effet de serre. Même faire la fête ou organiser des évènements. Qu’il s’agisse d’un festival, d’une croisière ou bien du Tour de France, on vous explique ici comment calculer le bilan carbone d’un évènement…

Méthode de calcul du bilan carbone

Afin d’évaluer l’impact de nos activités sur l'environnement et de comprendre comme certains de nos comportements exacerbent le réchauffement climatique, l’ingénieur spécialiste de l'énergie et du climat Jean-Marc Jancovici a développé en partenariat avec l’ADEME, agence française pour la transition écologique, une méthode pour calculer l’empreinte écologique d’un individu, d’une organisation ou d’un territoire. L’objectif est de quantifier l’ensemble des émissions de GES générées par l’ensemble des activités d’une entité. Au-delà du calcul des émissions, la méthode bilan carbone préconise aussi la conception de pistes d’amélioration ainsi que leur mise en place.

Le calcul de nos émissions de GES

Comment fonctionne le calcul ? Pour réaliser son bilan carbone, il faut prendre en compte l’ensemble du cycle de vie des produits et services proposés par un acteur privé ou public. Dans le cas d’un individu, il faut intégrer au calcul des postes d’émissions comme l’énergie (la consommation d’électricité…) le logement, le transport, l’alimentation, ou encore d’utilisation de produits ou de services… A titre d’illustration, selon l’étude réalisée en mars 2020 par SaveonEnergy, les 64 millions de vues sur Netflix de la saison 3 de la série Stranger Things auraient émis 189 000 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 676 millions de kilomètres parcourus en voiture…

Impact de l’Homme sur le réchauffement climatique

Si le CO2 est naturellement présent dans l’atmosphère, sa surreprésentation croissante dans l’air qui remonte à la Révolution Industrielle et son flot de combustion d'énergies fossiles, déforestation, agriculture et élevage intensif, en fait le coupable principal du réchauffement climatique…

En effet, selon une série d’études publiées dans la revue Elements, les activités humaines émettent chaque année 100 fois plus de CO2 que l'activité volcanique. Pour arriver à ces résultats, une équipe de 500 scientifiques regroupés au sein du Deep Carbon Observatory (DCO) a détaillé et comparé la façon dont le carbone est stocké, émis et ré-absorbé lors de processus naturels et de processus créés par l’Homme. Selon eux, les activités humaines ont généré 37 gigatonnes de CO2 juste sur l’année 2018. A noter : pour Celina Suarez, chercheuse au sein de l’Université d’Arkansas, la quantité d’émissions générée par les activités humaines est comparable à celles des précédents chocs du cycle du carbone ayant causé des extinctions de masse…

Alors afin de mieux mesurer et contrôler nos émissions de GES, la loi Grenelle de 2010 a rendu la réalisation d’un bilan carbone obligatoire pour un certain nombre d’acteurs du privé et du public, comme pour les entreprises de plus de 500 salariés, 250 dans les départements d'outre-mer.

Si vous n’êtes pas concernés par la législation, effectuer le calcul de son bilan carbone est aussi une bonne idée, notamment dans le cadre de l'organisation d’un évènement…

Comment faire le bilan carbone d'un événement ?

Pour réaliser le bilan carbone d’un événement, il faut additionner les émissions de gaz à effet de serre liées à l’énergie, aux déplacements des participants, au transport de matériel, à la restauration, aux hébergements et à la gestion des déchets... Et ce tout en suivant les règles d’un bilan carbone classique ! Toutefois, il s’agit ici d’un calcul complexe et transverse, dans la mesure où il englobe des postes d’émissions divers et variés, notamment en ce qui concerne les festivals et séminaires, pouvant parfois rassembler des milliers de personnes sur un même lieu durant plusieurs jours…

Concrètement, le périmètre du calcul d’un bilan carbone pour un événement est celui du SCOPE 3, qui prend en compte l’ensemble des émissions produites, aussi bien directes et indirectes. Sont notamment concernés : les consommations d’eau, d’énergie et de matière première, les déchets générés au cours de la manifestation, les achats en termes de restauration et matériel, et le transport des participants, du personnel, des bénévoles, des fournisseurs et prestataires…


En ligne, de nombreux calculateurs ou entreprises de conseil sont facilement accessibles pour procéder à l’évaluation poste par poste de la quantité de gaz à effet de serre émise durant un événement. Parmi eux, la plateforme Greenly ou l’organisation Adfine.

Exemple d'événements et leur impact environnemental

Pour se donner une idée de l’ampleur de l’impact environnemental que peuvent avoir les événements, penchons nous sur le bilan carbone du Tour de France.

Selon une étude parue en 2013, chaque édition du Tour aurait une empreinte carbone de 341.000 tonnes de CO2. Pourquoi un bilan si élevé? Chaque année, entre 10 et 12 millions de spectateurs rejoignent les routes pour assister à la course. En outre, 18 millions de cadeaux publicitaires et de goodies seraient chaque année offerts aux fans du Tour de France, des produits fabriqués en Chine, qu’il faut donc transporter, et qui sont non biodégradables et distribués sous emballages plastiques… Un bilan carbone très lourd, certes, mais bien en deçà d'évènements nécessitant des travaux massifs et d’importants déplacements de populations, comme pour la Coupe du monde de football masculin ou encore les Jeux Olympiques…

Un autre exemple frappant, le bilan carbone de la croisière. Dans le secteur des transports, l’industrie de la croisière, en pleine santé économique, est la plus néfaste en termes de pollution. Avec 7,2 millions de passagers en 2018 en Europe, le secteur de la croisière connaît une croissance annuelle moyenne de près de 3%... Et c’est un problème, dans la mesure où les paquebots de croisière fonctionnent au fuel lourd, une ressource fossile extrêmement polluante dont la combustion provoque l’émission de gaz dangereux, comme l’azote ou le soufre, et de particules fines. En outre, l’organisation Transport & Environnement a récemment publié une enquête sur le sujet : selon l’ONG, les 203 paquebots ayant voyagé au sein des espaces maritimes européens en 2017 seraient responsables de l’émission de plus de 10 tonnes de dioxyde de carbone… Ces mêmes paquebots auraient d’ailleurs rejeté vingt fois plus d’oxyde de soufre que les 260 millions de voitures en circulation sur les routes en Europe…

Se priver d’évènements, de concerts, d’exposition, ou de compétitions sportives, là n’est pas la question. En revanche, que l’on soit organisateurs ou participants, nous nous devons d'appréhender collectivement les évènements auxquels nous prenons part comme des sources de pollution qu’il est primordial de minimiser.

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