JO de Tokyo : Des JO sans spectateurs, une manne pour l’environnement ?

En 2021, les JO de Tokyo n’auront pas de spectateurs à cause de la crise du Covid-19. Bonne nouvelle pour le climat ? Réponses dans cette étude.

Empreinte carbone 💭
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8/9/2021 19:45
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Paris – 26 juillet 21 - Étude de Greenly sur l’impact carbone des Jeux Olympiques

À l’occasion des JO de Tokyo, les équipes de data scientists de Greenly ont passé en revue la littérature scientifique disponible sur les Jeux Olympiques ainsi que les travaux publiés par leurs organisateurs. Ils ont ensuite enrichi ces données de leur analyse et proposé des calculs complémentaires pour comparer entre eux les JO, les pratiques des délégations et les sports. L’occasion de rappeler l’impact carbone des Jeux, et plus largement des grands événements sportifs, en s’interrogeant sur les moyens de limiter cet impact sans sacrifier l’esprit du sport.   

JO Rings


Pour la première fois, les Jeux Olympiques n’auront pas de spectateurs en raison de la crise du Covid-19. Si c’est une mauvaise nouvelle pour l’esprit des Jeux, est-ce une bonne nouvelle pour la planète ? Greenly montre que l’impact est finalement assez limité, et qu’il faut repenser toute l’empreinte carbone des Jeux Olympiques. 


La neutralité carbone : l’épreuve insurmontable des JO 

 

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L’analyse comparative des trois derniers Jeux nous révèle que les postes d’émissions principaux sont (dans l’ordre d’importance) la construction des infrastructures, les émissions des spectateurs (transport, alimentation, logement, shopping des produits officiels sous licence) et le déroulement des épreuves

La construction des lieux d’épreuves et autres infrastructures dans la ville d’accueil représente 50% des émissions totales à Londres, 43% à Rio, 55% à Tokyo sans le Covid-19. Avec la situation sanitaire actuelle, ce chiffre monte à 63% pour la capitale nippone. 

Les émissions liées aux spectateurs représentent 20% des émissions totales à Londres, 40% à Rio, 30% à Tokyo sans le Covid-19 (notamment à cause de l’éloignement des autres pays). Avec la crise en cours, le chiffre descend à 21% pour les JO de Tokyo.

 

JO de Tokyo 2021 : le Covid-19, médaille d’or du climat ? 

 

Les impacts globaux des JO de Tokyo 

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L'absence de spectateurs internationaux à Tokyo due au Covid ferait économiser 340 000 T de CO2, soit seulement 12,5% des émissions totales prévues. C’est tout de même 40% des émissions liées aux spectateurs, essentiellement en raison du transport aérien. Les émissions induites par le spectacle, les capacités d’hébergement, lélectricité, la diffusion etc. sont quant à elles des postes fixes et ne varient pas en fonction de la situation. 

 

Les Etats-Unis, mauvais élèves de l’empreinte carbone

Bien que les JO en cours se déroulent sans public international, le déplacement des délégations issues des quatre coins du monde n’est pas neutre en carbone. Leur empreinte varie en fonction de la taille de la délégation et de la distance à parcourir par les athlètes pour rejoindre Tokyo. 

À la maille des délégations, l’équipe américaine et son armada de 613 athlètes obtiennent la palme du plus mauvais bilan carbone. Avec plus de 900 T de CO2e pour se déplacer au Japon, ils sont talonnés par la délégation brésilienne et ses 810 T de CO2e pour les 301 membres de délégation (ce qui s’explique simplement par la distance séparant le Brésil du Japon - plus de 17 000 km).

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À l’inverse, les nations olympiques les plus modestes n’ont envoyé que 2 membres dans leur délégation, pour des émissions de l’ordre de 1 à 5 T de CO2e. La palme d’or des émissions les plus faibles revient ainsi au Brunei, avec 1,3 T de CO2e émises pour son voyage jusqu’au Japon - plus de 700 fois moins que la délégation américaine !

 

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L’empreinte carbone des sports au JO de Tokyo

Si ce classement est forcément intrinsèquement lié à celui du nombre de sportifs par épreuve, certaines positions diffèrent. En effet, un sport avec un plus gros contingent japonais ou chinois se voit affecté une part plus faible des émissions liées au transport des athlètes. Ainsi, la gymnastique est 3ème en termes de nombre de sportifs, mais 11ème en termes d'émissions. Et inversement pour le football : 7ème pour le nombre de sportifs, mais 3ème pour les émissions - il s’agit d’un sport moins "Asie-centré".

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Des pratiques très carbonées

Des chevaux dans le ciel

Le 14 juillet, un vol historique au départ de Liège, comptant 36 chevaux d’élite, a atterri à l’aéroport d’Haneda près de Tokyo. Les équidés ont profité de conditions de voyage idéales :  classe business, repas à bord, palefreniers aux petits soins, etc.

horses racing

Entre l’eau, la nourriture, les équipements et les chevaux eux-mêmes, ce sont près de 50 T qui ont été transportées par un avion-cargo d’envergure (550 m3 !), pour une production de 500 T de CO2e pour ce seul vol. Premier d’une longue série, puisque 325 chevaux au total ont traversé terres et mers pour se distinguer pendant les JO de Tokyo, avec une empreinte carbone peu reluisante : environ 5000 tonnes de CO2e en cumulé du fait du transport aérien.

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Commemorative coins

La fabrication des emblématiques “commemorative coins” à destination des spectateurs n’est pas neutre non plus. La production de 22 000 tonnes de pièces à Rio en 2016 avait représenté 75 000 de tonnes de CO2e. 

 

Torch Relay

Le Torch Relay des Jeux de Tokyo représente 3000 tonnes de CO2, soit l’équivalent de 1500 vols Paris-New York en avion. 

Des lits décarbonés : une mesurette pour faire green ?

Les organisateurs des Jeux de Tokyo ont pris soin de verdir le sommeil des athlètes avec… la fabrication de lits en carton !

Sachant qu’un cadre de lit classique émet 147 kg de CO2e d’après l’ADEME, et que l’impact d’un kilogramme de carton est compris entre 0,38 et 0,67 kg de CO2e, il est facile de supposer une réduction importante : environ 140 kg d’économie par lit, soit  1500 tonnes pour 11 000 lits.

Une mesure presque anecdotique, qui représente l'équivalent de 0,05% seulement des émissions prévisionnelles pré-covid des Jeux de Tokyo. 

Après les JO de Tokyo, rendez-vous en 2024 ?

Pour Alexis Normand, DG et cofondateur de Greenly :

« L’important c’est de décarboner. Dès l’origine, les grands événements sportifs se sont fixés comme ambition d’apporter la paix entre les nations. Aujourd’hui, pour éviter des guerres futures, nous devons faire preuve de solidarité pour le climat. Or, ces grandes messes ont un impact considérable sur l’environnement. Réduire efficacement l’empreinte de ces événements planétaires serait un symbole fort pour aussi apporter une réponse mondiale face à la crise climatique. Cela commence par une prise de conscience collective. C’est l’objet de cette étude qui renvoie chaque pays, chaque sport, à ses responsabilités. »

Il faudra attendre les JO de Paris pour décarboner… ou pas

Paris entend se démarquer en lançant les premiers Jeux Olympiques bas carbone, divisant par deux les émissions moyennes à quelque 1,5 millions de T de CO2 équivalent. Le reste devra faire l’objet d’une compensation en finançant des projets d’évitement. La transparence du bilan carbone des Jeux est à noter, avec une méthodologie de calcul précise et détaillée. 

Selon les organisateurs, les Jeux de Paris 2024, ont fixé « un objectif de 1,5 million de tonnes de CO2 », soit deux fois moins que Tokyo, des émissions qui seraient « compensées, et même au-delà, pour une contribution positive pour le climat ».

Cette évaluation repose sur plusieurs hypothèses discutables, notamment :  

  • La notion de « contribution positive pour le climat » est polémique, alors que les experts du GIEC mettent en garde contre l’idée que la compensation est une solution suffisante, et que la réduction des émissions reste la priorité.
  • Les hypothèses sur la construction permanente bas carbone sont discutables : 650 kg de CO2e par mètre carré est une projection optimiste non vérifiée dans les faits.
  • L’hypothèse sur les émissions des transports par spectateur, évaluées à seulement 110 kg de CO2e, n’est plausible que pour un Européen se rendant à Paris en train. Elle n’est pas possible pour un voyage Outre-Atlantique. Un seul aller-retour Paris-NY équivaut à 2 tonnes de CO2. Typiquement, les spectateurs étrangers, qui ne forment que 15% du total, représentent 80% des émissions, essentiellement avec l’avion. 

 

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Les recommandations de Greenly 

L’étude Greenly fait ressortir que des Jeux responsables impliquent d’abord de réduire les principales sources d’émissions, à savoir la construction, en utilisant au maximum des bâtiments existants, des matériaux bas carbone pour les nouveaux, ou en faisant en sorte que les infrastructures contribuent à la diminution des émissions des villes. Les Jeux olympiques doivent enfin devenir une occasion d’alerter sur les grands enjeux environnementaux.

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Compenser, c’est bien, réduire, c’est mieux

Les organisateurs des Jeux de Paris 2024 annoncent que tout ce qui ne peut être évité, comme les déplacements des spectateurs, sera compensé par un projet à bénéfice social et environnemental.

La crise Covid-19 a pourtant mis en évidence avec les Jeux de Tokyo que l’absence de spectateurs internationaux est bénéfique pour le climat. Même si la mesure peut sembler peu engageante d’un point de vue festif et humain, rationner la présence de voyageurs non locaux est une solution efficace. L’instauration de quotas par pays (en fonction de la distance par rapport à la ville organisatrice) ou le choix des futurs organisateurs en fonction d’un critère de centralité géographique serait pertinent. 

 

Construire raisonnablement

L’impact de la construction des infrastructures étant le plus important, il convient de limiter leur quantité dès que possible ou du moins s’assurer de leur usage long-terme pour un bilan positif sur l’empreinte carbone de la ville.

Des exemples en la matière ? Les villes de Sydney et de Munich qui ont su réemployer leurs infrastructures olympiques à bon escient.

La construction à outrance de stades inutilisables après la fin des Jeux est ainsi à limiter, quand la mise en place de réseaux de transports de type métro peut être amortie sur de nombreuses années.


Méthodologie & Sources :

L’étude s’appuie sur une analyse détaillée des données rendues disponibles par les organisateurs de Jeux eux-mêmes, en passant en revue les différents Jeux, en comparant l’évolution de l’empreinte carbone par Jeux dans le temps, et en s’appuyant sur ses données générales pour étudier la contribution de chaque délégation et sport : 

[1] Tokyo Sustainability Pre-Games Report (April 2020) : https://gtimg.tokyo2020.org/image/upload/production/kzvd87en5agm5owqoabp.pdf

[2] Update to the Tokyo Sustainability Pre-Games Report (July 2021) :

https://gtimg.tokyo2020.org/image/upload/production/cas22cdv09dc0h9yaf5t.pdf

[3] London 2012 - Carbon Footprint Study :

https://static1.squarespace.com/static/577ccaf4414fb56605df7a9a/t/58eba9aa1e5b6c098ba70f19/1491839856782/carbon+footprint+study+london+2012

[4] Rio 2016 :

https://nachhaltigersport.files.wordpress.com/2016/04/carbon-footprint-management-report-rio-2016.pdf

[5] Analyse Greenly 


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