Low tech : définition, enjeux et acteurs

Concept à première vue incompatible avec le mode de vie du XXIème siècle, le low tech (pour low technology) fait pourtant plus que sens aujourd’hui. Qu’il s’agisse de modes de production ou de questions purement pratiques, on fait le point sur ce que représente le low tech, entre philosophie et pragmatisme.

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5/24/2021 0:05
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Qu’est-ce que le low tech ?

Le low tech (ou basse technologie) fait écho à un ensemble de techniques simples, pratiques et économiques. Il s’oppose, par définition, au high-tech. Le low tech regroupe des solutions techniques qui, aujourd’hui, sont tombées dans l’oubli. Ces solutions sont le fruit d’une fabrication locale, plus proche de l’artisanat que de la production industrielle. En effet, le low tech peut nécessiter des matériaux recyclés ou venant directement de la nature. 

Low tech : définition

Le low tech fait totalement partie du concept d’innovation dite « frugale » (comprendre : répondre à un besoin de manière ultrasimple). Celui-ci consiste ainsi à répondre à des besoins déterminés par des solutions technologiques les moins sophistiquées et les moins coûteuses possible - sans pour autant altérer la qualité. Le low tech, c’est une philosophie qui privilégie le « do it yourself » (DIY) : en faisant soi-même, on est plus impliqué, et on respecte possiblement davantage la planète ainsi que l’économie circulaire. L’écoconception est au cœur du low tech.

L'âge des low tech, de Philippe Bihouix


Derrière la philosophie du low tech se trouvent aussi des penseurs. Parmi eux ? Philippe Bihouix, un ingénieur centralien qui a écrit « L’âge des Low Tech. Vers une civilisation techniquement soutenable » (éditions du Seuil, 2014). Selon lui :

  • Les hommes n'ont jamais autant "produit, pollué et jeté". En effet, Philippe Bihioux préconise l'éventuelle nécessité du retour à des techniques plus simples au fur et à mesure de l'épuisement des ressources. 
  • Il explique aussi que, étant donné que les énergies nouvelles ont besoin de métaux rares, elles ne sont pas l’idéal. En effet, l’énergie n’est pas illimitée :  mieux vaut donc économiser et recycler. 
  • De son côté, le spécialiste du numérique responsable Frédéric Bordage a fondé le collectif « Green IT ». Il s’agit de la première communauté des acteurs du numérique responsable. Parmi ses missions ? Promouvoir la sobriété numérique au travers notamment l’écoconception des services numériques et le développement des pratiques low tech. 

Une solution pour baisser l’empreinte carbone du numérique ? 

Le digital est en pleine croissance. Il représenterait 7% de la consommation mondiale d’électricité (selon un rapport clicking clean publié en 2017 par Greenpeace). Ainsi, réfléchir à d’autres systèmes d’information et services numériques représente une priorité pour réduire l’impact environnemental. En effet, on a tendance à négliger l'importance du Green IT et oublier l’impact du numérique sur la planète car à nos yeux, il présente un aspect immatériel. Pourtant, il est bel et bien matériel (la preuve avec les data centers). Pour se rendre compte des effets du numérique :  

  • Il émet annuellement une masse de carbone dans l’atmosphère équivalente au poids de 200 000 Tours Eiffel.
  • Un internaute possède une empreinte annuelle moyenne de 350 Kwh d’énergie, de 200 kg de gaz à effet de serre, et de 3 000 litres d’eau. 
  • L’empreinte écologique du web au niveau mondial serait de 1047 TWh d’énergie (c’est-à-dire l’équivalent de 40 centrales nucléaires, de 608 millions de tonnes de gaz à effet de serre, et de 8,7 milliards de m3 d’eau). 
  • Pour un numérique responsable et réduire l’impact du web sur la planète, il est donc judicieux de mettre en place plusieurs initiatives, notamment en ce qui concerne les entreprises. Parmi elles : réduire les émissions liées à l’utilisation du cloud, réduire les émissions liées aux serveurs, allonger la durée de vie du matériel informatique. Sans oublier de supprimer les fonctionnalités que l’on n’utilise pas de certains logiciels... pour baisser son empreinte numérique. 
Low tech et empreinte carbone du numérique


Comment reconnaitre une low tech ?

Philippe Bihouix remet en cause le modèle de la high tech (pour haute technologie). Celle-ci se définit, à l’opposé du low tech, comme l’ensemble des technologies les plus avancées, et cherche à trouver des techniques toujours plus avancées. D’après Philippe Bihouix, on peut citer trois éléments autour desquels tourne la démarche low tech (et permet d’être reconnue) :

  • Le besoin :  les dommages environnementaux « valent-ils » l’utilité de l’objet acheté ou du service rendu ? Est-ce qu’il est réellement nécessaire de succomber au dernier gadget ?  
  • La durée de vie des produits : un produit est-il jetable ? Quelle est la part des ressources renouvelables ou non renouvelables dans sa composition ?  
  • L’aspect socioéconomique des modes de production : doit-on poursuivre la course à l’effet d’échelle ou ne vaudrait-il mieux pas privilégier des ateliers et des entreprises de plus petite taille ? 

Quelles sont les différentes formes de low tech ?

  • Dans l’habitat 

           L’environnement de l'habitat se prête bien au low tech. En effet, le secteur du résidentiel-tertiaire hors transport représente, au niveau national, la deuxième source d'émissions de gaz à effet de serre. A noter que la précarité énergétique toucherait près de 7 millions de Français. Il existe donc nombreuses solutions pour allier low tech et habitat : on peut se doter de toilettes sèches, d’un récupérateur d'eau, d’un chauffe-eau solaire... 

L'habitat autonome du Lowtech Lab


  • Dans les transports

Les émissions GES des transports représenterait actuellement plus de 30% des émissions françaises, et ce principalement à cause de la voiture individuelle (source ADEME). C'est pourquoi dans les transports aussi, l’avenir est au low tech. Celui-ci se traduirait d’ailleurs par le mot « révolution ». Cette révolution conduirait en effet à la disparition de cette voiture individuelle grâce au partage des véhicules et aux déplacements à la demande.  Les véhicules low tech auraient également une conduite douce, un trajet réalisé de manière optimisée... En outre, cela conduirait à une réelle baisse du nombre de véhicules, et diminuerait la pollution. 

  • Dans l’agriculture

En embrassant le low tech, les paysans renoueraient avec la terre. En effet, en (ré)apprenant à travailler des matériaux comme le métal ou le bois, ils optimiseraient leur capacité à fabriquer et à réparer leur matériel. Ils réduiraient ainsi leur dépendance face à des experts extérieurs. En bâtissant leurs outils, cela leur couterait également moins cher. En effet, le low tech dans l’agriculture est synonyme de machines et de bâtiments agricoles simples, pratiques et économiques. Sans oublier le fait que ces pratiques évoluent au gré de la communauté des paysans. Les conséquences seraient alors une diminution importante de l'empreinte carbone des exploitations agricoles, loin d'être négligeable pour le moment.

  • Dans l’alimentation

e low tech s’invite aussi dans la food ! Sachant qu’un tiers de la production alimentaire mondiale qui est gaspillée, dont la moitié à la maison, il est intéressant de l’exploiter. Il prend différentes formes : celle du compost d’intérieur, ou celle de conservation de fruits et de légumes (crus à la base). On peut opter pour la lacto-fermentation (tasser des légumes coupés avec un peu de sel dans un bocal en verre) ou bien la pasteurisation (empêcher la création de micro-organismes pour conserver les aliments). Des techniques optimales et faciles à réaliser afin de conserver ses fruits et légumes !  

Low tech et alimentation


Quelques exemples concrets de low tech

Un four solaire pour vos petits plats

C’est grâce à l'énergie du soleil que le four solaire permet de cuisiner des petits plats. En effet, le four va capturer les rayons du soleil grâce à des miroirs qui vont ensuite les réfléchir en les concentrant sur la casserole. L'effet de serre vient ensuite compléter l'action des rayons lumineux grâce aux vitres qui retiennent la chaleur. Sa fabrication nécessite notamment du carton et du papier d’aluminium. Le four solaire permet de chauffer de l'eau, de cuisiner des quiches, des gâteaux ou encore de faire cuire des plats à cuisson douce. La température varie entre 120 et 170 degrés. Le four solaire est, là encore, simple (et bon marché) à réaliser chez soi. 

Four solaire, exemple de low tech


Une lumière produite sans gaz ni électricité

S’éclairer sans gaz ni électricité, car l’on n’y a par exemple pas accès, c’est possible en mode low tech. En effet, avec une simple bouteille en plastique et de l’eau chlorée. On installe la bouteille grâce à une ouverture dans la tôle : cela permet de diffuser la lumière du soleil si la pièce ne dispose pas de fenêtre. On peut aussi créer de la lumière en se munissant d’une plaque de contreplaqué, un panneau solaire, une grosse bouteille en plastique, des morceaux de bois et des fils électriques. Cette méthode est notamment utilisée dans certains villages reculés des Philippines. 

L’aquarium sans filtres

On peut aisément créer un aquarium qui respecte au mieux la nature (un aquarium avec masses filtrantes doit être allumé nuit et jour). Surtout que la nature joue un rôle essentiel dans l’équilibre de l’aquarium. Car un aquarium sans filtres (donc naturel) exploite au mieux les ressources naturelles et s’équilibre tout seul. Comprendre : les plantes, la terre, les poissons, l’eau et la lumière. On utilise un terreau et un substrat inerte pour le sol, et pas besoin d’un éclairage ultra-puissante : il suffit d’une simple rampe LED. 

Low tech et aquarium sans filtre


Quels sont les acteurs du low tech ? 

Les acteurs du low tech en France 

Parmi les acteurs du low tech dans l’Hexagone ? Le low-tech Lab, un laboratoire dédié aux technologies peu gourmandes en matériaux et en énergie. Il a été fondé et est présidé par l’ingénieur Corentin de Chatelperron. En 2016, il a fait le tour du globe en voilier dans le but de découvrir toutes les low tech existantes, de les répoertorier et de les rendre disponibles à tous en open source. Vous pouvez retrouver cette aventure sous forme de mini-série sur Arte.tv. Le slogan de low-tech Lab : pour une société soutenable et désirable ! Le low-tech Lab est composé de spécialistes en innovation collaborative, de designers, de coordinateurs techniques... Le low tech Lab expérimente et transmet notamment ses expériences via les réseaux sociaux. 


Parmi des entreprises et les start-ups low tech en France, on peut citer FabBRICK, qui donne une seconde-vie aux déchets textiles, Bilium, qui recycle et transforme des affiches publicitaires et des gilets de sauvetage en sacs cabas et en carnets, ou OOPLA, qui propose des kits afin de réduire son empreinte écologique. 

Mouvement du low tech international 

A l’étranger, plus précisément aux États-Unis, les figures du low tech s’appellent Jason Rohrer et Limor Fried. En effet, Jason Rohrer a imaginé des jeux « Lo-fi » (pour « low fidelity »), soit basse définition. Limor Fried est une des stars du DIY (« do it yourself ») : cette ingénieure a créé la société d’électronique amateur Adafruit Industries. L’idée : faire en sorte de simplifier l’électronique à la maison (notamment grâce à des kits).

Aussi, dans la Silicon Valley, certains parents, qui travaillent généralement dans la tech, privilégient une éducation low tech pour leurs enfants. En effet, les parents se rendent compte des dégâts que peuvent causer la surconsommation d’écrans. Aussi, en Irlande, on observe une tendance d’écoles low tech, dans lesquelles on encourage notamment l’apprentissage de la nature. Nul doute que la crise du covid ne fait que renforcer le mouvement du low tech à travers le monde. Pour une conscience écologique dès le plus jeune âge ?

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